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CentraleSupélec: la brutale prise de conscience des directeurs d’écoles d’ingénieurs

L’enquête sur les violences sexistes et sexuelles à CentraleSupélec a sidéré les directeurs des écoles d’ingénieurs, nombreuses sur le plateau de Saclay. Certains ont également lancé leur propre enquête interne.

L’affaire CentraleSupélec créé des remous dans le monde des écoles d’ingénieurs. Ce jeudi 7 octobre, une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet d’Évry pour «harcèlement sexuel», «agressions sexuelles» et «viols» et confiée à la brigade de recherches de la gendarmerie de Palaiseau (Essonne). Cette motion en justice fait suite à une enquête interne de l’école, révélant que sur 659 étudiants répondants, 28 déclarent avoir été victimes d’un viol, 71 d’une agression sexuelle, 74 de harcèlement sexuel et 135 de propos sexistes au cours de l’année scolaire 2020-2021. Des chiffres accablants, qui ne laissent pas indifférentes les autres écoles, notamment celles situées sur le plateau de Saclay, dans le sud de Paris.

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Des enquêtes prévues dans plusieurs écoles

À la tête de l’École polytechnique, François Bouchet, ne cache pas sa stupéfaction: «Nous sommes sidérés, on ne s’y attendait pas du tout». Il ajoute que «cette enquête souligne l’significance de la libération de la parole». Dans cette école d’ingénieurs, voisine de CentraleSupélec, en plus des dispositifs déjà mis en place, tels un délégué diversité ou une référente mixité, la route envisage de lancer une enquête équivalente à celle de CentraleSupélec: «Nous allons prendre le temps de bien la préparer afin de répondre aux attentes».

Un autre voisin, Pierre-Paul Zalio, président de l’ENS Paris-Saclay, sociologue de formation, indique avoir effectué il y a un an une étude globale sur la vie étudiante, comprenant notamment ces problématiques. La mission avait été déléguée à un «prestataire professionnel afin d’éviter d’orienter les réponses». Cela avait donné des «résultats moins dramatiques qu’à Centrale, avec aucune remontée de viol».

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Tout ne remonte pas aux oreilles de la route

Dans le même périmètre, Télécom Paris compte aussi mettre les bouchées doubles. L’école située à Palaiseau a pour projet depuis plusieurs mois de lancer une étude du même ordre que celle de CentraleSupélec. «C’est en cours. Nous voulions le faire avant, mais la pandémie a tout arrêté. Nous avons fait un questionnaire avec les écoles du groupe Mines-Télécom pour le diffuser d’ici janvier ou février», word Valérie Beaudouin, référente égalité femmes-hommes à l’école. Pour elle, c’est un sujet à prendre toujours plus à bras-le-corps. «J’ai été très shock des résultats. Mais il n’y a pas qu’à CentraleSupélec que de tels agissements sont remontés. Depuis deux ans, nous avons traité 9 signalements (étudiants et personnels compris) related d’insultes, de harcèlement et un cas de viol, qui a découlé sur une plainte. Mais nous savons qu’il se passe plein de choses qui n’arrivent pas à nos oreilles».

«Les soirées dans de petites chambres, sans aucun contrôle, favorisent ces conditions»Laurent Champaney, directeur général de l’École nationale supérieure d’arts et métiers

Ailleurs, les écoles demeurent également très vigilantes. Directeur de Mines ParisTech, à Paris, Vincent Lafleche guarantee lancer régulièrement, en collaboration avec les associations étudiantes, des sondages en interne.«Nous faisons un level tous les ans sur le sujet et avons renforcé les classes d’info et de sensibilisation lors de la rentrée. Après la période des confinements, nous avons été d’autant plus vigilants. Nous craignions davantage d’excès lors de soirées», explique t-il. Toutefois, il reste lucide. «Ce n’est pas parce qu’on n’a rien vu aujourd’hui qu’il n’y a rien à voir et qu’on n’aura pas de dénonciation judiciaire demain». Si à l’Insa Lyon, aucune enquête n’est prévue, Frédéric Fotiadu, le directeur général, y réfléchit depuis l’affaire de CentraleSupélec.

Les résidentes étudiantes levelées du doigt

Par ailleurs, certains pointent du doigt le rôle des résidences étudiantes. Laurent Champaney, directeur général de l’École nationale supérieure d’arts et métiers, reconnaît que ces regroupements d’étudiants suscitent deux problèmes. «D’abord, les soirées dans de petites chambres, sans aucun contrôle favorisent ces conditions», avance-t-il. Ensuite, la vie en vase clos oblige généralement au silence: «Il est difficile de se déclarer victime si tout le monde et au courant, et si cela peut porter préjudice au plaignant», énonce t-il. Valérie Beaudoin de Télécom Paris, abonde dans ce sens: les soirées et les «traditions» qui perdurent encore chez les élèves d’une génération à l’autre précipitent les risks.

À l’Insa, dans le bâtiment de première année, l’alcool est interdit

À l’Insa Lyon qui possède une résidence étudiante de 3100 lits, Frédéric Fotiadu n’est pas de cet avis. Pour lui, la focus d’autant de jeunes logés dans des résidences étudiantes, n’est pas particulièrement un facteur de risque d’agressions sexuelles. «Toutefois, nous sommes très attentifs aux événements festifs qui pourraient être organisés. Et nous protégeons particulièrement nos étudiants mineurs et primo-entrants en les logeant dans un même bâtiment, où l’alcool est interdit», précise t-il. Cependant, il admet être «conscient que [ces agressions] peuvent arriver partout, y compris chez nous».

Et si le problème venait du faible nombre de femmes dans ces écoles (souvent moins de 20 %)? Philippe Dépincé, directeur de Polytech Nantes et président de la fee formation et société de la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs) reconnaît volontiers que «les garçons entre eux s’expriment différemment, ce qui engendre un bond de remarques sexistes et autres actes inappropriés». Laurent Champaney tempère: «Lorsque j’interroge les étudiantes à ce sujet, elles assurent ne pas voir la différence avec le quotidien que connaissent leurs amies dans d’autres sorts d’établissements». Même discours pour Valérie Beaudoin: «Nous constatons des évènements similaires dans les écoles de commerce ou les IEP, des écoles beaucoup plus mixtes».

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